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Au cœur de la crise en santé autochtone

L’état des maladies cardiovasculaires démontre les obstacles en santé des Autochtones, et l’urgence de s’unir pour y remédier.
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Le Dr Michael Kirlew, un médecin de famille à Sioux Lookout, en Ontario, n’oubliera jamais la leçon qu’il a apprise lors d’un tour de voiture, il y a six ans. Une connaissance qui était en visite au Canada pour la première fois lui avait demandé de lui faire découvrir les alentours, où environ 31 % de la population fait partie des Premières Nations.

« J’étais passé sur cette route des milliers de fois, se remémore le Dr Kirlew. À un certain point, on arrive à une fourche. Une route mène à la collectivité non autochtone, et l’autre, à celle des Premières Nations. Alors que nous nous approchions de cette fourche, [mon ami] s’est tourné vers moi et m’a dit “Nous avons commencé notre promenade sur une route pavée. Mais, pourquoi ne se poursuit-elle que dans une direction?” »

Jusqu’alors, le Dr Kirlew ne s’était jamais questionné sur la raison d’un chemin de terre menant à la collectivité des Premières Nations. « Venant de l’extérieur, mon ami ne savait rien de notre culture ou de notre histoire, alors il pouvait poser un regard neuf sur une situation à laquelle je m’étais moi-même accoutumé. »

Le Dr Kirlew voit dans cette situation un parallèle avec les inégalités en matière de santé auxquelles les peuples autochtones du Canada ont été habitués depuis trop longtemps. « Accepter les choses telles qu’elles sont n’est plus une option », dit-il.

Sol Mamakwa abonde dans le même sens. Selon ce conseiller en santé pour la nation Nishnawbe Aski, qui comprend 49 collectivités des Premières Nations du nord de l’Ontario, dont Sioux Lookout, les problèmes de santé cardiovasculaire (les maladies du cœur et l’AVC) particulièrement font ressortir les inégalités en matière de santé auxquelles les populations autochtones font face.

En examinant de plus près les défis de ces peuples en matière de prévention et de traitement des maladies du cœur et de l’AVC, on constate des lacunes dans les ressources que le reste du pays tient pour acquises.

Une bonne santé commence par la prévention

Des études ont démontré que les Inuits, les Métis et les Premières Nations sont plus susceptibles d’être atteints d’hypertension artérielle et de diabète de type 2 que les non-Autochtones, ce qui les expose à un plus grand risque de maladies cardiovasculaires que le reste de la population du pays.

Bien qu’il soit possible de prévenir jusqu’à 80 % des maladies du cœur et des AVC précoces, les interventions nécessaires pour y arriver sont souvent hors de portée pour de nombreuses collectivités des Premières Nations. Les déterminants sociaux et économiques tels que le revenu, l’éducation et la sécurité alimentaire ont un impact sur le bien-être et créent de véritables obstacles à la santé.

Prenons l’exemple de la nourriture. Une saine alimentation riche en légumes et en fruits, et faible en sel, en sucre ajouté et en gras saturés est essentielle au contrôle de la pression artérielle et du risque de maladies du cœur et d’AVC. Une étude publiée par le Centre canadien de politiques alternatives et Aide à l’enfance – Canada a relevé que la moitié des enfants des Premières Nations vit en dessous du seuil de la pauvreté. Cette proportion grimpe à 62 % au Manitoba et à 64 % en Saskatchewan.

Les prix des denrées alimentaires au sein des collectivités autochtones sont parmi les plus élevés au pays. Un trop grand nombre de familles ne peuvent pas se permettre d’acheter les aliments dont elles ont besoin pour rester en bonne santé. C’est particulièrement vrai dans le nord du Canada, où la facture d’épicerie prend des proportions astronomiques comparativement à ailleurs au pays. Par exemple, une étude des prix alimentaires menée au Nunavut en 2015 a révélé qu’un sac de carottes coûtait 6 $ et qu’un céleri en moyenne 9 $. Ailleurs au pays, ces mêmes articles sont offerts pour environ 2 $ chacun.

Dans sa pratique médicale, le Dr Kirlew voit l’impact de cette réalité tous les jours. « Si vous disposez d’un revenu fixe, l’accès à des aliments à prix raisonnable n’est pas garanti, et cela a un impact énorme sur votre santé cardiaque », explique-t-il.

Faire régulièrement de l’activité physique est un autre élément crucial d’un mode de vie favorable à la santé cardiovasculaire. De nombreuses collectivités des Premières Nations n’ont pas l’infrastructure nécessaire pour bâtir des terrains de jeux et des installations sportives pour les jeunes. En outre, les questions touchant le bien-être mental peuvent avoir un impact considérable sur l’activité physique; il est difficile de prendre soin de soi face à la dépression, au suicide et à la toxicomanie.

Lorsqu’une urgence survient

Si vous vivez dans une collectivité autochtone éloignée, vous savez qu’il est souvent nécessaire de faire des heures de route pour accéder à des services de base. Si vous subissez un AVC ou toute autre urgence médicale, cet éloignement peut faire la différence entre la vie et la mort. Dès les premiers signes d’un AVC, généralement causé par un caillot qui bloque la circulation sanguine dans le cerveau, les cellules cérébrales meurent au rythme de 1,9 million par minute. C’est pourquoi il est urgent d’obtenir un traitement dans les plus brefs délais. L’injection de médicaments qui dissolvent les caillots sanguins peut arrêter les effets de l’AVC, mais seulement si elle est donnée dans les quatre heures et demie suivant l’apparition des symptômes.

Comme la plupart des collectivités autochtones n’ont pas de services paramédicaux, il revient à la famille ou aux amis de conduire la victime au poste de soins infirmiers le plus près. Cependant, un rapport du Vérificateur général datant de l’an dernier a révélé que, dans les réserves, ces installations sont chroniquement en manque de personnel et doivent composer avec de graves pénuries de médicaments. De plus, de nombreux médicaments ayant la capacité de sauver des vies ne sont pas offerts ou accessibles en vertu du Programme des services de santé non assurés (SSNA), le régime d’assurance médicaments des Inuits et des Premières Nations.

La coordination des services d’évacuation médicale terrestre ou aérienne peut, à elle seule, empiéter sur les minutes cruciales à la survie et à l’atténuation des incapacités causées par l’AVC. Selon les conditions météorologiques, une évacuation peut prendre de quelques heures à trois jours, selon les estimations du Dr Kirlew.

Travailler vers des solutions

« La situation géographique ne devrait jamais déterminer la qualité des soins à votre disposition. Malgré tout, cela n’empêche pas les décideurs du pays d’attribuer les lacunes des soins de santé offerts aux Premières Nations à l’éloignement, poursuit le Dr Kirlew. Malheureusement, plutôt que de favoriser l’innovation, leur raisonnement ne fait que créer de nouvelles barrières. »

Il croit que la solution réside au sein des Premières Nations elles-mêmes. « J’entends tout plein d’idées formidables de la part de gens qui vivent ici. Ils connaissent leurs propres besoins. La dernière idée dont on m’a fait part consistait à promouvoir l’activité physique par l’intermédiaire de programmes communautaires organisés et structurés. Cela permettrait d’allier des avantages pour la santé cardiovasculaire à des éléments culturels, qui, nous le savons, sont très importants. Mais pourquoi ne voit-on jamais cela? »

Le Dr Kirlew et M. Mamakwa sont clairs : ce n’est pas parce que personne n’a proposé son aide. Cependant, il existe des problèmes systémiques auxquels il faut absolument remédier. Les gouvernements, les organismes et les médecins doivent avoir une conversation honnête sur les besoins des collectivités autochtones avant de pouvoir ensemble arriver à des solutions viables.

Selon M. Mamakwa, « on ne peut pas adopter une approche normative, avec des experts qui viendraient nous dire comment résoudre nos problèmes de santé cardiovasculaire. Il faut un processus véritablement collaboratif.»

Relever le défi

La Fondation est déterminée à mettre un tel processus au point et à collaborer avec les collectivités autochtones pour relever les lacunes et y remédier. D’ailleurs, une table ronde sur ce sujet avec ses partenaires en santé se déroulera cet automne. Elle travaille également à la mise en œuvre d’un programme de formation en RCR auprès de tous les élèves inuits et des Premières Nations de huitième année (secondaire 2) au pays. Celui-ci a été créé selon le concept de formation des formateurs, et comprend l’installation de DEA dans les endroits où n’y en a aucun actuellement.

Pour le Dr Kirlew, avant de pouvoir trouver réponse aux questions en matière de santé autochtone, il faut commencer par poser les bonnes questions, comme « pourquoi une route est-elle pavée alors que l’autre ne l’est pas? »

« Ce sont les questions comme celle-là qui nous feront réfléchir et avancer dans la bonne direction pour que tout le monde, partout au pays, puisse recevoir des soins de qualité. »

Une incursion dans l’histoire des peuples autochtones

 

<p>Heart and Stroke Foundation tour Big Bike Six Nations de la rivière Grand</p>
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Heart and Stroke Foundation tour Big Bike Six Nations de la rivière Grand

 

Lors d’une récente randonnée de collecte de fonds, le Grand Vélo de la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC a parcouru les routes du territoire des Six Nations de la rivière Grand, près de Brantford, dans le sud de l’Ontario.

Plus de 200 participants, dont six membres de notre équipe de direction nationale, ont pris place aux côtés de notre chauffeur sur les 29 sièges du bolide. Ensemble, les randonneurs des Six Nations ont amassé plus de 12 000 $ pour la recherche qui sauve des vies.

Les représentants de la Fondation ont profité de l’occasion pour visiter l’ancien pensionnat indien de l’endroit — le premier au pays, l’Institut Mohawk, mieux connu sous le nom de « Mush Hole » dans la communauté autochtone — situé sur le site du centre culturel Woodland de Brandford.

Ils ont également visité le complexe de soins de santé du territoire et rencontré des dirigeants locaux pour discuter du travail de conciliation en santé de la Fondation au sein des collectivités autochtones.

L’ancien pensionnat a laissé une forte impression sur l’équipe. « Nous devons absolument comprendre l’incidence de cet héritage sur la santé et le bien-être des peuples autochtones alors que nous travaillons avec ces derniers à diminuer les inégalités en santé dans notre processus de conciliation », affirme David Sculthorpe, chef national de la direction de la Fondation.

La visite avait été organisée par Wendy Johnson, directrice nationale, Santé des peuples autochtones, et fière membre des Six Nations. Wendy connaît très bien l’impact des maladies du cœur sur un nombre démesuré de familles autochtones : l’une de ses sœurs vit avec un problème cardiaque, et son père et une autre sœur sont décédés des suites d’une maladie du cœur.