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Un idéal ancré dans l’activisme et la recherche

Yves Savoie, chef de la direction, Canada, trace un avenir ambitieux pour Cœur + AVC

Yves Savoie s’est joint à Cœur + AVC à titre de chef de la direction, Canada, en avril 2017, fort d’une trentaine d’années à œuvrer au sein de différents organismes à but non lucratif, dont la Société canadienne de la sclérose en plaques, qu’il a dirigée pendant plus de dix ans. Huit semaines après son entrée en fonction, M. Savoie nous a accordé une entrevue pour nous entretenir des possibilités et des défis qui attendent Cœur + AVC, et pour nous faire part de l’avenir qu’il trace pour la fondation.

 


Les soins de santé sont au cœur de votre carrière. D’où provient cette passion pour l’entraide?

Je pense que nous avons tous la possibilité de faire des choses importantes pour les autres. Les petits gestes sont parfois ceux qui comptent le plus : déneiger l’entrée d’une personne âgée lorsqu’il fait froid, ou laisser son siège à une femme enceinte dans l’autobus. Ce sont des gestes qui comptent si nous voulons bâtir le pays auquel nous rêvons.

Je reviens aussi à mon expérience familiale. À mes grands-parents et à mes parents qui s’étaient mouillés comme bénévoles dans l’action sociale dans leur communauté.

Alors j’ai ressenti à un très jeune âge, comme professionnel, cet appétit d’avoir un travail qui était ancré dans un sens profond de mission de vouloir changer le monde. C’est très enrichissant de venir au bureau chaque jour et de savoir que l’intérêt qu’on défend est un intérêt qui est plus large que le nôtre et d’avoir l’occasion d’inviter des milliers de personnes dans ce grand chantier qu’est la Fondation des maladies du cœur et de l’AVC. 



Pourquoi votre voyage vous a emmené à Cœur + AVC?

En fait, c’est très facile d’expliquer pourquoi j’ai été attiré à cette cause en particulier. Il y a quinze mois, ma mère est décédée aux suites d’un AVC qui l’avait laissée paralysée durant les cinq dernières années de sa vie. 

Ceci me permet d’apprivoiser ma vie professionnelle comme un témoignage que je rends à ma mère. C’est donc l’occasion de prendre une réalité personnelle, qui est très présente et qui est récente en plus, et de dire : « Là j’ai l’occasion, en lui rendant hommage, de traduire ça pour un public évidemment beaucoup plus large. 

Tout le monde connaît une personne qui a été touchée par les maladies du cœur ou l’AVC, que ce soit dans sa famille ou son cercle d’amis. Ce que j’ai vécu récemment m’inspire profondément à vouloir améliorer la vie des autres et alléger le fardeau des personnes qui vivent avec une maladie.


Pour accomplir cet impact, quel est le besoin le plus criant en ce qui concerne la lutte contre les maladies du cœur et l’AVC?

Si je pense aux besoins les plus criants qui sont devant nous, je pense aux choix sains alimentaires pour les enfants et les jeunes, et aux façons de leur permettre de faire de tels choix, soit en interdisant la publicité d’aliments et de boissons qui leur est destinée. Comme vous le savez, le Québec a adopté une loi dans les années 80 pour encadrer cette publicité, ce qui s’est traduit par une baisse des achats d’aliments à faible valeur nutritive. De plus, les enfants québécois mangent plus de légumes et de fruits par rapport à ceux des autres provinces et territoires. Nous savons donc que de tels changements auront un impact profond sur la santé de nos enfants.

Il y a une autre crise qui nous inquiète tous comme Canadiens et Canadiennes, qui touche aux peuples autochtones et en particulier à l’état de santé des communautés autochtones. Le risque de maladies cardiovasculaires et la retombée, l’impact de l’AVC ou de l’accident cardiaque pour les autochtones est beaucoup plus grave. Le taux de mortalité est le double de celui de la population en général. 

Évidemment, il y a des problèmes sérieux de sécurité alimentaire, de pauvreté. Ce sont des problèmes qui sont peut-être plus larges que Cœur + AVC, mais nous pouvons jouer un rôle important et je suis très excité que le conseil d’administration vienne d’entériner des crédits budgétaires importants pour être capable de mettre en place une stratégie qui va rejoindre les peuples autochtones d’un océan à l’autre. 

Le troisième défi qui me rejoint de façon particulière c’est la réalité de la maladie cardiovasculaire chez la femme. C’est une réalité qui me préoccupe et qui préoccupe les femmes qui sont dans ma vie. J’ai d’ailleurs deux grands-mères qui ont été touchées par la maladie cardiovasculaire, alors je sais que c’est important.

En tant que taux de mortalité chez la femme, la maladie cardiovasculaire est au premier rang. Ce qui est surprenant c’est qu’on diagnostique moins bien la femme, par exemple aux suites d’un accident cardiaque. L’accès à la réhabilitation aux suites d’un accident est moins facile, il y a moins de femmes qui ont subi un accident cardiaque qui vont avoir un processus de réhabilitation. 

Alors tous ces éléments, de la sensibilisation, au diagnostic, au traitement, on voit qu’il y a des lacunes. Nous avons le devoir de sensibiliser la population et d’enrichir les connaissances sur la santé des femmes en subventionnant la recherche dans ce domaine.


On peut dire que les donateurs ne manquent pas de choix lorsque vient le temps de choisir une cause à appuyer. Dans les circonstances, pourquoi devraient-ils soutenir Cœur + AVC? 

En premier temps, la santé, ça importe. Les Canadiens et Canadiennes nous le disent par les sondages, c’est prioritaire. Deuxièmement, le cardiovasculaire, c’est un espace qui nous touche tous, qu’on soit atteint de la maladie, mais aussi qu’on soit à risque de la maladie, parce que nous le sommes tous. Je pense que l’invitation à s’adonner à notre cause, elle passe par une démonstration de l’impact qu’on a, des impacts très concrets. 

On pense par exemple à la présence de défibrillateurs dans les arénas, à la réponse d’un bon samaritain qui aura eu une formation en réanimation, à la personne qui a subi un arrêt cardiaque, ou à la réponse de l’ambulancier à celui qui aura vécu l’AVC, ce sont tous des avancées qui ont mené à des changements dans notre système de santé et dans nos vies dans les derniers dix ans. Alors, c’est percutant et l’impact est présent et il y a d’autres éléments qui s’annoncent à l’horizon. 



Quels sont les plus grands défis que doit surmonter Cœur + AVC?

Je suis un optimiste, alors quand on me demande de parler de défis j’ai parfois tendance à voir la possibilité. Je dirais que le premier défi qui s’annonce pour nous, pas seulement au sein de la fondation, mais en tant que société, c’est l’âge numérique et la transformation que ça impose. Évidemment, ça change nos moyens de consommation. 

C’est des changements qui se font de façon très accélérée et il y a une urgence de saisir ces moyens et de transformer davantage la fondation pour qu’elle soit à l’âge de l’Internet et du numérique. 

Il y a un autre défi qui est important pour moi, et je m’arrête sur les jeunes adultes et la réalité que j’observe. Je ne suis pas le seul à l’observer, mais je pense qu’il y a plusieurs jeunes adultes qui sont troublés par la réalité de l’emploi au Canada et la difficulté qu’ils connaissent à obtenir de bons emplois qui sont sécures avec de bons avantages sociaux. D’être capable de faire un choix de commencer une famille et d’avoir des enfants, de trouver un domicile, un toit, d’acheter une maison. 

Il y a une réalité d’un écartement de la richesse où, tant au niveau des revenus que de la richesse, il y a une concentration dans une petite couche de la population. Cela m’inquiète parce que j’ai un souci d’équité dans ma vision du monde, mais aussi parce que j’ai peur que si les jeunes adultes ont de la peine à trouver de bons emplois et de fonder une famille, ils auront aussi de la peine à s’impliquer comme bénévoles et donateurs, ça va de soi.

Cela m’inquiète parce que nous sommes nourris par l’action et la générosité des Canadiens et Canadiennes, et on veut s’assurer que les jeunes adultes soient aussi de la partie. 

L’un des défis de Cœur + AVC, mais aussi l’une des possibilités qui s’offrent à nous, est le fait que la croissance des recettes des organismes à but non lucratif provient de personnes qui font des dons plus élevés. Les universités et les grands centres hospitaliers sont passés maîtres dans les dons majeurs. Notre potentiel dans ce domaine est énorme, et je crois que nous sommes capables d’en faire plus. C’est pourquoi j’y vois un défi, mais aussi une possibilité.

Le dernier défi que je voudrais aborder est le moyen d’illustrer clairement comment la participation des bénévoles et des donateurs de Cœur + AVC se traduit par un impact. Nous avons besoin de montrer à ces personnes toute la portée de leur engagement.

Je pense que nous vivons dans une société où la gratification immédiate est devenue la norme. Cela nous force à repenser notre façon de décrire la situation, de le faire de manière simple pour convaincre les gens de miser sur des changements qui se réaliseront sur une plus longue période.

La recherche est au cœur de Cœur + AVC. Quel est votre vision pour la recherche et comment mesurons-nous son succès? 

Parfois, je dis que la recherche au sein de la fondation c’est comme le cœur qui est au cœur de l’organisme. Notre action, que ce soit sur le plan politique, sur le plan de changer nos mœurs, nos coutumes et nos habitudes alimentaires ce sont toutes des actions qui s’appuient sur la recherche et l’évidence. On contribue à de nouvelles découvertes. On contribue à alimenter la curiosité du chercheur ou de la chercheure qui est fondamentalement la racine de ce changement sociétal qui est le nôtre.

C’est pour moi l’importance du processus scientifique, mais c’est aussi l’occasion de s’adonner à la traduction ou à l’application de la découverte. Je pense qu’on a un rôle qui est vraiment unique. De faire le pont entre l’université, ou l’hôpital universitaire, et le politicien. De faire le pont entre la nouvelle découverte et nos actions comme consommateur, comme parent ou comme citoyen. 

On sait, par exemple, si on pense au tabagisme, on a vu dans les trente dernières années un progrès énorme. On a eu l’occasion d’influer sur les choix que les citoyens ont faits, et on a vu une réduction du tabagisme. Je pense que c’est un succès auquel on a contribué de façon importante, et il y en a beaucoup d’autres. 

Si on parle de comment on mesure l’impact de la recherche, je reviens à un exemple très simple parce qu’il me rejoint personnellement. J’ai parlé de ma mère, déjà. On sait, à cause de la recherche, que si on traite l’AVC dans les heures qui suivent l’accident, les séquelles de l’accident vont être beaucoup réduites. 

Cet exemple illustre concrètement ce que la recherche permet de réaliser, et comment cette dernière améliore des vies.


Quel genre de leader êtes-vous? 

Je décris mon leadership en partant par mon caractère latin. Je suis francophone, comme vous le savez. Je suis rempli de passion et ça fait partie de ma vie professionnelle. Mais, je suis aussi un Francophone qui aime la fête, qui aime être entouré de gens, qui aime avoir un tour de table.

Pour moi, cela se traduit aussi dans mon contexte professionnel. J’aime être entouré de gens, j’aime collaborer, et j’ai une perspective sur le leadership qui va engager les gens. J’ai la conviction profonde que la responsabilité du leadership ne m’appartient pas à moi seul. On a tous une responsabilité de leadership et on l’exerce de façon conjointe. C’est un leadership qui [est] engagé et passionné, mais qui cherche aussi à engager et à partager la responsabilité d’exercer ce leadership avec d’autres.



Qu’est-ce que vous aimez faire dans vos temps libres?

Je parle de faire la fête et ça influe sur ma vie professionnelle, mais dans mes temps libres, j’aime faire la fête et j’aime beaucoup manger et cuisiner. Je suis mordu de cyclisme : j’intègre autant de vélo que possible à mon programme d’activité physique. J’aime aussi beaucoup jardiner. En fait, il y a quelques semaines, j’ai fait la première récolte de bette à carde. C’est génial d’être capable d’aller dans le jardin pour cuisiner. 

J’aime aussi beaucoup lire. Je suis un habitué des nouvelles politiques, j’en mange!

Et j’aime voyager, aussi. C’est une façon de me détendre et de partager des moments avec des amis ou avec mon conjoint.



À quoi ressemblera Cœur + AVC dans cinq ans? Qu’elle est votre vision?

Si je m’arrête pour réfléchir à « dans cinq ans, ça aura l’air de quoi? », je dirais que Cœur + AVC tirera davantage parti du numérique, que notre cause suscitera l’intérêt des jeunes adultes et que nous montrerons plus clairement notre côté activiste. Je compte exploiter ce qui précède pour faire avancer notre travail visant à favoriser la santé des enfants, des femmes et des Autochtones.

Il y a l’importance de traduire notre recherche par un impact et d’accélérer ce pipeline, de prendre le fruit de la recherche et de l’appliquer dans nos modes de vie, dans nos choix alimentaires par exemple, mais aussi de l’appliquer dans la structure de notre système de santé ou dans les politiques gouvernementales. 

Je pense aussi que nous serons plus soucieux de relier nos intérêts en recherche à l’amélioration du système de santé, à de meilleures politiques et à un système où les éléments sont plus étroitement connectés, pour faire en sorte que les transitions des patients à différents stades soient plus faciles et mieux encadrées.

Je pense que nous avons un rôle à jouer dans tout cela. Et c’est possible en cinq ans. Nous ne manquons pas de détermination.