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À l’écoute de son cœur : le cauchemar d’une illustre soprano

Measha Brueggergosman a subi deux interventions en raison des maladies du cœur. Elle parle des risques chez les femmes.
Measha Brueggergosman a subi deux interventions en raison des maladies du cœur.
Votre expérience avec les maladies du cœur a commencé soudainement en 2009. Qu’est-ce qui vous a amenée aux urgences cette nuit-là?

J’étais dans un restaurant à Toronto et j’attendais mon mari d’alors. Tout à coup, j’ai commencé à sentir des picotements dans mes extrémités. J’ai aussi senti une pression à la base de ma gorge.

Les répétitions avec l’Orchestre symphonique de Toronto commençaient le lendemain. J’ai cru qu’il s’agissait d’un simple rhume. On m’a annoncé plus tard que mon aorte s’était déchirée. Cette déchirure dans la paroi de l’artère principale de mon cœur avait provoqué une hémorragie interne.

Nous sommes rentrés directement à la maison. Tandis que je cherchais ma carte santé, mes jambes ont lâché. Mon mari a appelé le 9-1-1 avant que je touche le sol; du moins, je crois. Quand les ambulanciers ont mesuré ma pression artérielle, elle était aussi élevée que 210/180. 

Que s’est-il passé à l’hôpital?

J’ai passé la nuit à l’hôpital, puis on m’a renvoyée chez moi le lendemain. C’était un mardi. On m’a donné un rendez-vous le vendredi pour une IRM ainsi que des tonnes de médicaments pour réguler ma pression artérielle.

Alors, je ne savais pas que j’étais encore en hémorragie. Je ne me sentais pas moi-même et j’étais très faible. J’ai appelé mon omnipraticien. Il m’a tout de suite vue, puis m’a renvoyée à l’urgence avec un billet. Il y était écrit en grosses lettres rouges : « Faites passer une IRM à cette femme! »

J’ai passé l’IRM. La technicienne a sursauté. Elle a commencé par dire : « Oh mon Dieu... Madame Bruegger, je vais... » Elle ne pouvait littéralement pas finir une seule phrase.

En un clin d’œil, j’observais cette cicatrice en forme de fermeture éclair au milieu de ma poitrine. 

Donc, vous avez été opérée d’urgence pour réparer votre aorte. Lorsque vous repensez à cette expérience, qu’avez-vous appris?

Je pense qu’une autre personne aurait attendu jusqu’au vendredi et serait morte. Évidemment, je crois qu’il faut soi-même se connaître, faire valoir ses intérêts et s’informer.

Je ne blâme pas les médecins. Je n’avais aucun antécédent de maladie du cœur. Il n’y avait pas vraiment de piste qu’ils pouvaient ensuite explorer, et une femme de 31 ans ne présente normalement pas ce genre de problème de santé. 

En même temps, je savais que ce que les tests que j’avais passés ne reflétaient pas ce que je ressentais.

Sincèrement, plus vous êtes à l’écoute de votre propre corps, plus vous aurez de détermination à vous battre dans des situations où vous savez que quelque chose ne tourne vraiment pas rond.

Revenons maintenant en 2019, où s’est déroulée une tout autre histoire impliquant votre cœur. Que s’est-il passé?

C’était en juin, presque 10 ans jour pour jour après ma première chirurgie cardiaque. Je venais de chanter avec l’Orchestre philharmonique de Calgary dans le cadre des concerts de clôture de saison. Avant cela, j’avais accompagné l’Orchestre de chambre du Manitoba au Carnegie Hall, à New York, et au Barbican Centre, à Londres.

J’étais chez des amis à Calgary. En me réveillant, ce matin-là, j’ai commencé à ressentir des douleurs thoraciques. J’ai été voir mes amis dans la cuisine et j’ai lancé : « Ne paniquez pas, mais on doit aller aux urgences. »

À l’hôpital, on a d’abord cru que c’était encore l’aorte. Après deux IRM, on a découvert que mon artère interventriculaire antérieure était obstruée d’environ 80 %. Je devais subir un double pontage coronarien.

Pendant l’attente, mon père est décédé au Nouveau-Brunswick, à l’autre bout du pays, du même problème pour lequel j’allais être opérée.

Cette période a dû être très difficile. Que s’est-il passé après votre pontage coronarien? 

En moins de cinq minutes, j’ai su que je ne retournerais pas tout de suite au travail. En 2009, j’avais tout fait pour recommencer à chanter le plus tôt possible. 

Cette fois-ci, je me suis dit : « Je vais profiter de chaque seconde où je peux être seule. » Je ne voulais pas précipiter mon rétablissement cardiaque. De plus, je réalisais à quel point j’étais extrêmement épuisée avant l’opération.

Aussi, j’allais pouvoir passer tout l’été à la maison, en Nouvelle-Écosse, avec mes enfants, qui ont sept et cinq ans. Ne vous méprenez pas. Je ne dis pas que je suis la mère de l’année. J’adore mon travail et je ne regarde pas derrière quand je pars travailler. Néanmoins, j’avais l’impression d’avoir manqué quelque chose. 

Vous vous êtes associée à Cœur + AVC pour promouvoir la #Listerouge. Pourquoi?

J’admire depuis longtemps le travail accompli par Cœur + AVC. Ma mère et moi avons déjà fait une campagne mère-fille pendant laquelle nous avons sensibilisé les gens aux signes et symptômes d’une crise cardiaque, qui sont différents chez les femmes et les hommes.

En tant que femmes, nous avons tendance à placer la santé des autres avant la nôtre. Mais il faut mettre son masque à oxygène avant d’aider les autres à mettre le leur. Et notre masque à oxygène, c’est notre propre santé cardiaque.

C’est ce qui m’a poussée à m’impliquer dans cette campagne. Je sais à quel point il peut être difficile de se concentrer d’abord et avant tout sur soi-même. Pourtant, tout le monde autour de moi en a profité chaque fois que j’ai fait ce choix.

Quels changements aimeriez-vous voir se produire en ce qui concerne la santé des femmes et la santé cardiaque?

Nous devons en savoir plus sur le cœur et le cerveau des femmes. Il n’y a simplement pas assez de recherches qui portent sur ce sujet. 

Nous devons approfondir la recherche afin de nous assurer qu’à l’avenir, une femme de 31 ans qui se présente à l’urgence avec une dissection aortique obtiendra immédiatement le bon traitement.

Que pensez-vous que plus de femmes devraient savoir sur leur santé cardiaque?

J’aimerais voir plus de femmes se fier à leur instinct. Vous me suivez? Je pense qu’il est très important qu’elles comprennent que personne ne sait mieux qu’elles-mêmes comment elles se sentent, et qu’elles ne devraient pas se laisser dicter ce qu’elles ressentent.

En même temps, ce n’est pas aux femmes de tout décider par elles-mêmes. Nous avons besoin d’un système de santé dans lequel le cœur des femmes est bien compris et où les professionnels reconnaissent les signes que quelque chose cloche. 

Cela doit passer par des travaux de recherche plus nombreux et plus rigoureux. Voilà pourquoi je suis fière de faire partie de la #Listerouge.

Measha Brueggergosman chantera en compagnie de l’Orchestre symphonique de Toronto du 10 au 12 décembre 2019.

La vie. Ne passez pas à côté.