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Réorienter les soins de l’AVC en vue de la pandémie

Des experts de l’AVC recensent les nouvelles directives relatives à la COVID-19.
Des professionnels de la santé portant un masque examinent un document.

Le mardi 7 avril, à 13 h (HE), une vingtaine de spécialistes de l’AVC au pays ont pris part à une conférence téléphonique, comme tous les deux mois. La conférence, organisée par Patrice Lindsay, directrice du changement à l’échelle des systèmes et du programme sur l’AVC à Cœur + AVC, rassemblait le Comité consultatif canadien sur les pratiques optimales en matière de soins de l’AVC.

En temps normal, les membres du comité auraient discuté des réactions à leurs dernières recommandations relatives à l’utilisation de l’acide acétylsalicylique (ASA) et à la réadaptation post-AVC, ainsi que des progrès réalisés dans la révision d’autres sections des Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l’AVC (les Recommandations). Il faut généralement jusqu’à un an pour conceptualiser, rédiger, éditer et publier ces révisions.

Toutefois, c’est plutôt la COVID-19 qui s’est retrouvée au cœur des discussions. Plus précisément, l’équipe se demandait comment formuler un énoncé pour aider les professionnels de la santé à fournir des soins de l’AVC pendant la pandémie. Le besoin était urgent. L’échéancier proposé? Deux petites semaines.

« Une semaine, du concept à la publication, c’est audacieux », admet Patrice, une infirmière autorisée qui détient un doctorat en performance, évaluation et résultats des soins de santé.

Mais la communauté médicale avait besoin d’un soutien immédiat. C’est d’ailleurs la raison d’être des Recommandations, (financées par les donateurs de Cœur + AVC) : aider les professionnels de la santé à fournir des soins optimaux aux patients ayant subi un AVC de partout au pays en se fondant sur les données scientifiques probantes les plus récentes et l’avis de spécialistes.

Une transformation des soins de santé

« C’est tout le système de santé qui se réoriente à cause de la COVID-19 », explique la Dre Anita Mountain, physiatre spécialiste de la réadaptation post-AVC à l’Université Dalhousie et coprésidente du comité. Les membres ont communiqué leurs observations concernant l’effet du virus sur l’ensemble des soins, de la prévention aux traitements de l’AVC en phase aiguë. Sept d’entre eux se sont portés volontaires pour écrire.

L’idée de cet énoncé avait émergé bien avant, dans un échange de courriels entre Patrice, Anita et l’autre coprésident, le Dr Eric Smith, du Hotchkiss Brain Institute de l’Université de Calgary.

Nous avons un extraordinaire groupe de bénévoles dévoués et déterminés.

Dre Patrice Lindsay Cœur + AVC

 

Le moment était bien choisi. « Au début mars, lorsque le monde a basculé, nous n’avions pas beaucoup de données, se souvient Patrice. Nous sommes fiers d’être toujours réactifs et de nous appuyer sur des données probantes, mais là, il n’y en avait pas. » Au début avril, des études menées en Europe et en Asie ont fourni des données fiables; elles ont souligné, par exemple, que certains aspects des évaluations neurologiques en cas d’AVC suspecté peuvent être effectués par télémédecine.

Tout le monde s’est mis au travail. À Toronto, Patrice est entré en contact avec le Dr Robert Chen, rédacteur en chef du Canadian Journal of Neurological Sciences. Ce dernier a répondu qu’il souhaitait publier l’énoncé et a demandé à voir un premier jet. Patrice, qui devait notamment organiser une série de webinaires pour Cœur + AVC, a eu une semaine très occupée à communiquer avec les sept auteurs. Mais l’équipe de rédaction a constitué une source de motivation. « Je suis une vraie passionnée et je m’épanouis dans ce genre de projet. J’ai trouvé cela très stimulant. »

Différents spécialistes pour différents sujets

À Calgary, Eric a écrit la majeure partie de sa section sur les soins en phase hyperaiguëe avant mercredi soir, car en tant qu’auteur principal, il devait se laisser du temps pour la révision. Il aurait espéré avoir moins de réunions à l’horaire. « Pour chaque réunion annulée, on aurait dit que le comité en ajoutait deux autres », lance-t-il en riant.

Il avait beaucoup de pain sur la planche : s’assurer que les patients comprennent que l’AVC demeure une urgence à traiter rapidement, établir des critères pour intuber les patients ayant subi un AVC pendant les thrombectomies endovasculaires et protéger le personnel médical contre le virus. « Les équipes de prise en charge de l’AVC sont petites. La perte de quelques membres pourrait compromettre sérieusement les soins », s’inquiète Eric.

À Halifax, Anita était contente d’avoir commencé à compiler des données depuis plusieurs semaines. Comme elle effectuait certaines consultations en ligne, elle avait un tout petit peu plus de temps. Elle a écrit au sujet des nombreux nouveaux défis que doivent relever les équipes de réadaptation, notamment le fait que les patients ayant subi un AVC obtiennent leur congé de l’hôpital plus tôt que d’habitude et qu'il faut aider les patients à se rétablir tout en respectant la distanciation physique.

Un marathon de la longue fin de semaine

Au début de la longue fin de semaine de Pâques, les principaux membres de l’équipe ont entamé un marathon de relecture et de révision en partageant des dossiers sur Dropbox et en envoyant des documents par courriel.

Le dimanche matin, Eric a organisé une chasse aux œufs de Pâques pour ses enfants, puis il a effectué un appel sur Zoom en famille avec ses parents. Il est ensuite retourné au travail. Patrice a préparé une dinde, l’a mise au four et est retournée à son ordinateur pendant que son mari et sa fille préparaient les accompagnements. Anita a travaillé dans sa cuisine tout en vaquant à plusieurs tâches toute la journée. Elle a préparé un repas de dinde pour son mari, son fils et elle-même, et a également été porter des portions à sa mère âgée ainsi qu’à sa belle-fille et au conjoint de cette dernière. « La routine du quotidien ne s’interrompre pas », affirme Anita.

Le mardi 14 avril, une semaine seulement après que l’équipe se soit mise au travail, Patrice a envoyé une version presque définitive au journal. Le Dr Chen a donné le feu vert. Le dimanche suivant, le 19 avril, le document a été publié en ligne dans la revue scientifique, et a également été mis en ligne sur le site Web des pratiques optimales en matière de soins de l’AVC.

Des commentaires positifs

Cet énoncé a valu à Patrice des louanges de partout au pays. Elle aide les professionnels de la santé à se sentir à l’aise avec leurs plans de traitement. Ils peuvent aussi faire référence à l’énoncé lorsqu’ils réclament des ressources auprès des administrateurs.

Pour les membres du comité, ce projet a également révélé ce qu’ils pouvaient accomplir en étant sous pression. « Cela nous a montré à quel point nous pouvons nous adapter, dit Patrice. Nous avons un extraordinaire groupe de bénévoles dévoués et déterminés à fournir à la population des soins de l’AVC de calibre mondial. »

Ressources

 

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