Traitez vos problèmes de santé graves même en temps de COVID-19

Les personnes qui ignorent les signes d’une maladie grave risquent de subir des conséquences encore plus graves

Les premiers répondants, les services des urgences et les hôpitaux ont mis en place des mesures pour protéger les gens

En 2003, le rapport sur l’éclosion du SRAS a été intitulé « Printemps de la peur ». Aujourd’hui, nous sommes de nouveau confrontés à un tel printemps : la peur de la COVID-19, mais aussi, la peur d’agir en cas d’urgence médicale.

Ne vous détrompez pas; la crise de la COVID-19 mérite notre attention immédiate, mais elle n’est pas la seule.

Lorsqu’une personne ne gère pas bien une maladie existante (comme l’hypertension artérielle), son risque de problèmes de santé plus graves, potentiellement catastrophiques, comme une crise cardiaque ou un AVC, augmente.

À Wuhan, en Chine, là où tout a commencé, le nombre de cas de COVID-19 diminue. Toutefois, les hôpitaux font maintenant face à une augmentation des patients en état critique : les gens ayant tardé à se faire traiter pour d’autres conditions médicales, plusieurs sont gravement malades et certains vivront avec des incapacités permanentes.

Les maladies graves peuvent avoir des effets à long terme beaucoup plus importants sur la santé d’une personne et sur le système de santé que la crise de la COVID-19.

Des études montrent qu'il y a eu une réduction de 30 % des visites aux urgences en temps de COVID-19.

Cœur + AVC et la Société canadienne de cardiologie

Ce qui est considéré comme une urgence médicale en temps normal l’est toujours en temps de pandémie. Pourtant, plusieurs médecins à travers le pays signalent une diminution inquiétante du nombre de patients admis pour un trouble cardiaque ou un AVC. Selon des données récentes regroupées par Cœur + AVC et la Société canadienne de cardiologie, on a observé une baisse d’environ 30 % à 40 % des visites aux urgences pour une crise cardiaque grave en Ontario et à Vancouver entre mars et avril, par rapport à la même période l’année dernière.

Des rapports du monde entier nous apprennent que les gens retardent ou évitent le traitement d’urgences médicales telles que la crise cardiaque et l’AVC.

Dans une étude récente menée en Italie, des chercheurs ont observé une réduction de 50 % des admissions à l’hôpital pour des AVC mineurs et des accidents ischémiques transitoires (« mini-AVC »). Ils ont également noté que de nombreux patients étaient admis trop tard pour recevoir un traitement en phase aiguë; l’administration d’un anticoagulant devant être reçu dans les premières heures suivant l’AVC a baissé de 26 %.

Selon une enquête menée auprès de 426 fournisseurs de soins de l’AVC dans 55 pays, seul 1 patient d’AVC sur 5 reçoit actuellement les soins habituels en phase aiguë et post-aiguë dans leurs hôpitaux. Plusieurs organismes sont perplexes devant cette réduction, car il n’y a aucune raison de croire que les cas d’AVC aient diminué pendant la pandémie.

L’histoire est la même pour les maladies du cœur. Le Journal of American College of Cardiology a fait état d’une diminution de 38 % du nombre de patients ayant subi un type de crise cardiaque très grave, admis dans les hôpitaux états-uniens dans les premiers jours de la pandémie. Une diminution similaire (40 %) a été observée en Espagne. Des rapports anecdotiques indiquent que cette tendance est aussi présente au Canada.

Cœur + AVC rappelle aux gens de continuer à agir lors d’urgences médicales. En cas de crise cardiaque, d’arrêt cardiaque ou d’AVC, il faut appeler immédiatement le 9-1-1 pour obtenir une assistance médicale.

La peur a un impact sur la prise de décisions, puisque les gens craignent d’engorger le système de santé ou de contracter la COVID-19. Cette crainte est amplifiée chez les personnes atteintes de troubles sous-jacents, plus vulnérables à cette maladie. Peu importe leur état de santé initial, les personnes qui ignorent les signes d’une maladie grave risquent de subir des conséquences encore plus graves : une incapacité plus importante, voire la mort.

Même pendant la pandémie, le système de santé reste prêt à réagir aux urgences. Les premiers répondants, les services des urgences et les hôpitaux ont mis en place des mesures pour protéger les gens. Cœur + AVC a publié des lignes directrices pour des soins de l’AVC fondés sur des données probantes en temps de COVID-19. D’autres organismes comme la Société canadienne de cardiologie ont également modifié leurs recommandations aux praticiens.

L’éclosion du SRAS nous a appris comment agir pendant une pandémie et comment mieux nous préparer à la suivante. D’autres, comme la pandémie de grippe A (H1N1), nous ont permis de mettre en pratique ces leçons. La plupart de ces améliorations nous guident pour faire face à la COVID-19.

Nous avons aussi tiré d’autres leçons des pandémies passées; par exemple, que notre réponse à une crise ne peut se faire au détriment de tout le reste.

Nous nous efforçons tous, à juste titre, d’aplatir la courbe. Mais nous devons également garder à l’esprit que cette crise pourrait faire de nombreuses autres victimes : des personnes souffrant de maladies chroniques et de problèmes médicaux urgents et n’ayant pas demandé d’aide.

Une réponse tardive nous fera reculer en alourdissant le fardeau sur tous les secteurs du système de santé au moment où nous nous remettrons de cette pandémie.

Le Dr David Butler-Jones a été le tout premier administrateur en chef de la santé publique du Canada et est un membre récent du conseil d’administration de Cœur + AVC. Il a une expérience vécue d’AVC.

Anne Simard est chef de la mission et de la recherche à Cœur + AVC. Auparavant, elle a occupé des postes de direction à Santé publique Ontario et a fait partie de l’équipe de réponse au SRAS, du gouvernement de l’Ontario.

La COVID-19 accentue l’importance de notre combat

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