Thalia Field dans son bureau.

AVC

Une chercheuse sur l’AVC inventive tient tête à la COVID-19

La Dre Thalia Field ne perd pas son objectif de vue et adapte son essai clinique à la pandémie.

Chapitre 1 Sous les projecteurs du jour au lendemain

La Dre Thalia Field ne s’attendait pas à accorder des entrevues aux médias sur son domaine d’expertise, la thrombose veineuse cérébrale ou TVC, un type rare d’AVC.

Plus tôt cette année, toutefois, la TVC faisait la manchette, des rapports ayant révélé une complication peu commune possiblement liée à l’un des nouveaux vaccins contre la COVID-19 se caractérisant par la formation de caillots sanguins. Du jour au lendemain, la Dre Field a été appelée à intervenir à titre de principale experte en thrombose veineuse cérébrale.

Comme chercheuse et neurologue spécialisée en AVC, lauréate de la bourse professorale en recherche clinique sur l’AVC de la famille Sauder/Fondation des maladies du cœur et de l’AVC en Colombie-Britannique et au Yukon, ce n’était évidemment pas le premier défi que la pandémie lui lançait.

La thrombose veineuse cérébrale est causée par la formation d’un caillot sanguin qui obstrue une veine drainant le cerveau. Son diagnostic est difficile à poser étant donné que ses symptômes, dont les violents maux de tête et la vision brouillée, diffèrent des signes les plus courants de l’AVC.

La thrombose veineuse cérébrale touche principalement les femmes de moins de 50 ans. Elle représente approximativement 1 % des cas d’AVC. Si environ 85 % des personnes atteintes retrouvent leur autonomie fonctionnelle après une thrombose veineuse cérébrale, la moitié de ces dernières doivent composer avec des troubles cognitifs, de la douleur, de la fatigue ou un changement d’humeur à long terme. Or, ces symptômes peuvent nuire à leur retour au travail ou aux études.

« Comme la thrombose veineuse cérébrale est rare et que les survivants sont souvent jeunes et autonomes sur le plan fonctionnel, de nombreuses questions demeurent entières », affirme la Dre Field.

 

Chapitre 2 Passage en mode virtuel

La Dre Field s’est mise au travail pour tenter de trouver des réponses à ses questions. En 2019, elle a lancé un essai clinique avec l’appui des donateurs de Cœur + AVC.

Cet essai porte sur l’administration d’un nouvel anticoagulant comme traitement. De plus, il est novateur, car il recueille des données sur l’expérience des personnes touchées par la thrombose veineuse cérébrale, y compris en ce qui a trait aux répercussions émotionnelles et sociales de la maladie.

La rareté des cas a forcé la Dre Field et son équipe à intégrer dès le départ la vidéoconférence et les communications téléphoniques.

« Nous nous demandions comment faire participer le plus grand nombre de personnes possible », précise la chercheuse. La réponse résidait dans l’utilisation de la technologie pour communiquer avec les participants vivant loin des grands hôpitaux. « La technologie a également permis aux chercheurs de faire participer des groupes généralement sous-représentés dans les recherches, par exemple les jeunes femmes qui jonglent avec les obligations familiales, le travail, etc. », ajoute la Dre Field.

Puis, au début de l’année 2020, la pandémie a frappé de plein fouet. Du jour au lendemain, l’ensemble de l’essai a dû passer en mode virtuel.

« Nous avions déjà un cadre bien établi, quelle chance!, se rappelle la Dre Field. Nous avons dû apporter quelques changements, bien sûr. Par exemple, nous nous sommes penchés sur certaines évaluations cognitives détaillées pour parvenir à les adapter au contexte virtuel, mais nous étions prêts! »

 
85 %

des personnes atteintes retrouvent leur autonomie fonctionnelle après une TVC

Chapitre 3 Et maintenant?

La Dre Field affirme que l’essai se poursuit : « Les participants devront se rendre à l’hôpital pour certaines parties de l’essai. Vous comprenez qu’il est impossible de passer une imagerie cérébrale à distance. Cependant, une bonne partie des évaluations est réalisée virtuellement. »

Entre-temps, comme la plupart des dispensateurs de soins de santé, la Dre Field a dû adapter sa pratique clinique auprès de ses patients ayant subi un AVC de l’Hôpital général de Vancouver aux réalités de la distanciation physique.

La chercheuse ajoute que les rendez-vous virtuels facilitent la prestation de soins de suivi aux patients qui vivent loin de l’hôpital ou pour qui il est difficile de s’y rendre. Toutefois, les soins virtuels comportent leur lot de défis, notamment l’accès à la technologie requise ou à Internet. « Pour certains de mes patients vivant dans des communautés éloignées du Nord, l’obstacle est  de taille », souligne-t-elle.

Pourtant, la Dre Field voit un énorme potentiel dans les soins virtuels, notamment pour améliorer l’accès aux services de réadaptation post-AVC. « À mon avis, les soins virtuels sont une ressource sous-utilisée depuis longtemps. L’accès à la réadaptation en consultation externe est difficile pour bon nombre de nos patients. »

En ce qui concerne son étude, elle revêt un caractère encore plus pressant depuis que le risque de formation de caillot sanguin attribuable aux vaccins contre la COVID-19 a fait les grands titres.

La Dre Field collabore avec des chercheurs dans le domaine de la thrombose veineuse cérébrale, des experts en santé publique et des spécialistes en vaccinovigilance des quatre coins du monde. « Nous avons mis sur pied un programme de surveillance à l’échelle internationale pour déterminer les cas possiblement liés à l’administration du vaccin. »

La chercheuse estime qu’il s’agit de l’occasion parfaite de sensibiliser la population à la thrombose veineuse cérébrale et, du même coup, de faire progresser les connaissances sur la maladie en en apprenant davantage sur les personnes touchées.

Entre-temps, la Dre Field ne perd pas son objectif de vue : améliorer les soins et l’état de santé des personnes victimes d’une thrombose veineuse cérébrale.