L’histoire de Sudi : une crise cardiaque complètement inattendue

De nouveaux travaux aideront les médecins à diagnostiquer et traiter une affection meurtrière.

Sudi Barre

À l’hôpital avec son fils nouveau-né, Sudi Barre se remettait d’une césarienne d’urgence, lorsqu’elle a soudainement senti une douleur très vive dans le dos et un bras. Elle faisait une crise cardiaque; elle a su plus tard que l’épisode avait été causé par une dissection spontanée de l’artère coronaire (DSAC). Cette maladie terrible et potentiellement mortelle est caractérisée par un début de déchirure des parois artérielles du cœur.

L’implantation d’une endoprothèse n’a fait qu’entraîner d’autres crises cardiaques. Lorsque la fonction cardiaque de Sudi a chuté à seulement 3 %, les médecins ont implanté une pompe mécanique. Sudi a passé les 8 mois suivants à l’hôpital, la poitrine couverte de cicatrices, trop faible pour tenir son fils. Elle a cependant continué de se battre pour lui.

« Je voulais vivre pour connaître la maternité, affirme-t-elle. Je voulais avoir l’énergie de jouer avec mon enfant quand il commencerait à marcher. »

 

En fait, beaucoup de cas de DSAC nos échappaient.

Dre Jacqueline Saw Chercheuse subventionnée par Cœur + AVC

Parmi les personnes atteintes de DSAC, 88 % sont des femmes4, la majorité étant jeunes et ayant autrement une bonne santé. Dans la plupart des cas, elles ne présentent aucun des facteurs de risque courants des maladies du cœur ni aucun signe précurseur. Le diagnostic de DSAC est souvent lacunaire, car la maladie peut être difficile à détecter sur les angiographies traditionnelles.

« J’ai vu tellement d’histoires d’horreur », avoue la Dre Jacqueline Saw, principale experte en DSAC au pays. Les femmes dans la trentaine ou la quarantaine ne sont souvent pas admises à la salle des urgences, malgré les symptômes d’une crise cardiaque, sous prétexte qu’elles sont jeunes. Dans d’autres cas, comme celui de Sudi, la maladie est traitée comme une crise cardiaque normale. Toutefois, les endoprothèses et les anticoagulants peuvent augmenter le risque d’autres déchirures.

« En fait, beaucoup de cas de DSAC nos échappaient », affirme la chercheuse.

La Dre Saw a mis au point une méthode de classification pour analyser les résultats d’angiographie et ainsi aider les médecins à détecter la DSAC. Elle et son équipe de l’Université de la Colombie-Britannique font aussi le suivi de plus d’un millier de patients. Les chercheurs analysent tout, de l’élément qui a déclenché la crise cardiaque à l’efficacité des traitements. Avec le soutien de Cœur + AVC, ils ont découvert les gènes qui augmentent le risque de développer cette affection.

 
La DSAC est la cause d’environ 35 % de toutes les crises cardiaques chez les femmes de moins de 50 ans.

Aujourd’hui, Sudi lutte contre des oublis, des irritants ou des petites contrariétés. « Mes émotions prennent maintenant le dessus », dit-elle en riant. Cependant, elle vit dans la joie autant qu’elle le peut. Sa pompe mécanique a été retirée et son cœur fonctionne à 40 %. Elle peut enfin serrer son fils. 

Sudi se mobilise pour la santé cardiaque et elle raconte son expérience parce qu’elle veut que plus de professionnels de la santé reconnaissent la DSAC. 

Selon la Dre Saw, c’est pour bientôt. Au cours des cinq prochaines années, elle s’attend à voir des outils de dépistage génétique, des taux accrus de diagnostic par les professionnels de la santé et de meilleurs protocoles de traitement de l’affection. « Nous avons fait bien du chemin », affirme-t-elle.

 

Pleins feux sur les femmes 2020

La recherche s’efforce de combler le fossé entre les sexes et les genres. 


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